Il y a une question que j'entends rarement dans les espaces de formation et les groupes de pairs dédiés aux jeunes praticiens : que se passe-t-il quand le marché devient saturé ? On parle beaucoup de référencement, de visibilité sur Google, de manière de remplir son agenda. Ces questions sont légitimes. Mais elles occultent quelque chose d'essentiel : être visible n'a de sens que si l'on est réellement préparé à ce que la visibilité amène.
Je n'écris pas cela pour décourager qui que ce soit. J'écris cela parce que, après plus de quinze ans de pratique clinique avec des couples, et en accompagnant aujourd'hui des praticiens en formation à travers la TCCI (Thérapie de Couple Constructiviste et Intégrative), je vois une tension qui me préoccupe — et qui, à mon sens, mérite d'être nommée clairement.
Un paysage dense, difficile à lire
La France compte aujourd'hui environ 80 000 psychologues, près de 16 000 psychiatres, et un nombre difficile à cerner de praticiens issus du champ de l'accompagnement : coachs professionnels, sophrologues, hypnothérapeutes, psychopraticiens, thérapeutes relationnels, art-thérapeutes, praticiens psychocorporels. Selon les méthodes de comptage, certaines disciplines oscillent entre quelques milliers et plusieurs dizaines de milliers de personnes formées ou en activité.
Et c'est précisément là que le brouillage commence.
La visibilité ne remplace pas la solidité
Ce qui me préoccupe dans certains discours adressés aux jeunes praticiens, c'est l'idée implicite que le problème principal serait un problème de communication ou de référencement. Comme si le seul obstacle entre eux et une pratique viable était de meilleur positionnement sur Google.
La visibilité est nécessaire. Je ne le nie pas. Mais une bonne compréhension de réalité du marcher en est une autre. Et depuis 20 ans, je constate une véritable dérive du fait d'organismes de formation qui revendiquent de nouvelles approches et saturent, de plus en plus, l'offre thérapeutique.
De plus, je vois, depuis quelques années, une tendance qui va dans le sens inverse. Des formations autrefois longues, construites sur plusieurs années de travail progressif, tendent à se raccourcir. Des pratiques complexes sont transmises en cycles condensés, avec une promesse implicite de pouvoir se lancer rapidement. La Gestalt, l'hypnose, le coaching, et d'autres approches encore ont connu, chacune à leur manière, ce phénomène de démocratisation rapide. Et cette évolution n'est pas sans conséquence.
Elle peut fragiliser les clients, qui ne savent plus toujours à qui ils s'adressent. Elle peut fragiliser les praticiens eux-mêmes, lancés trop tôt dans des situations cliniques pour lesquelles ils n'ont pas encore les ressources internes nécessaires. Et elle peut fragiliser l'ensemble du champ, en rendant les repères de compétence difficiles à distinguer de l'extérieur.
Le champ du couple : vaste demande, et contraste saisissant
Ce contraste devient encore plus frappant lorsqu'on regarde spécifiquement le champ de la thérapie de couple.
Là où l'accompagnement individuel mobilise des dizaines de milliers de professionnels, le champ du couple reste peu structuré et surtout sinistré. On recense environ 2 000 à 2 500 conseillers conjugaux et familiaux en France. Il n'existe pas, à ma connaissance, de recensement national fiable des thérapeutes de couple stricto sensu mais mon expérience montre que si les couples sont de plus en plus en recherche de thérapeutes de couple, l'offre est toujours aussi pauvre. Ce n'est pas que les praticiens n'existent pas. C'est que le champ reste dispersé, peu lisible, alors même que les demandes autour du couple — séparation, infidélité, crise conjugale, parentalité conflictuelle, sexualité — sont très présentes dans les cabinets.
Formation en thérapie de couple ajustée aux praticiens
Je crois profondément à la transmission. Je crois à la richesse des parcours différents. Et je crois que certains formats courts peuvent être rigoureux — à condition qu'ils soient pensés pour des praticiens déjà en exercice, avec une exigence clinique réelle et une supervision intégrée.
C'est le parti pris que j'ai fait avec la TCCI et DeuxMainsEnsemble. La formation se déroule sur 8 jours, 56 heures, entièrement en ligne — accessible depuis partout en France, sans contrainte de déplacement. Elle est réservée à des praticiens déjà en exercice. Parce que je considère qu'on ne part pas de zéro. Mais je considère aussi qu'on ne s'improvise pas thérapeute de couple.
Courte ne veut pas dire superficielle. Intensive ne veut pas dire simplifiée. Accessible ne veut pas dire sans exigence. Ce sont des choix de conception, pas des compromis. Le format en ligne, avec des sessions compatibles avec une activité professionnelle en cours, n'est pas une facilité — c'est une décision prise pour que des praticiens déjà engagés dans leur cabinet puissent se spécialiser sans avoir à interrompre leur pratique pendant des mois.
La supervision est intégrée au parcours. Parce que la lecture clinique d'une situation de couple ne s'acquiert pas seulement par la théorie. Elle se construit dans le retour, dans l'analyse de cas réels, dans la confrontation avec ce qu'on n'a pas vu ou ce qu'on a mal géré.
Dans un champ aussi peu balisé que la thérapie de couple, la clarté du cadre de formation n'est pas un luxe. C'est une question de responsabilité.
Ce que je défends, concrètement
Je ne défends pas une école contre une autre. Je défends une idée : que la qualité de l'accompagnement dépend, in fine, de la qualité de la préparation du praticien — et non de sa visibilité sur les moteurs de recherche.
Un praticien bien référencé mais insuffisamment formé à la complexité du lien conjugal peut faire du tort, même avec les meilleures intentions. Un praticien solidement formé, avec une posture clinique stable et une supervision régulière, sera utile même s'il met du temps à remplir son agenda.
L'enjeu de DeuxMainsEnsemble, tel que je le conçois, n'est pas d'ajouter une offre de plus dans un marché qui n'en manque pas. C'est de contribuer à remettre du cadre et de l'exigence dans un champ où la demande est immense — et où les repères sont parfois devenus trop flous pour que les praticiens eux-mêmes sachent où ils en sont.
C'est un travail de fond. Il est moins spectaculaire que les promesses de visibilité. Mais c'est, à mon sens, le seul qui tienne dans la durée.
Laurent Huz — thérapeute de couple, auteur Dunod, créateur de la TCCI, directeur de DeuxMainsEnsemble
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