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Théorie de l'attachement et thérapie de couple

Par Laurent Huz · 20/05/2026 · DeuxMainsEnsemble
Attachement Couple Therapie

La théorie de l'attachement est aujourd'hui l'un des cadres de référence les plus cités dans la littérature sur le couple. Bowlby, Ainsworth, puis Sue Johnson avec la TCE ont progressivement transformé notre manière de lire ce qui se joue dans une relation conjugale. Pourtant, sur le terrain, j'observe souvent que la théorie est connue — parfois très bien connue — mais pas toujours opérationnalisée. Le thérapeute identifie un style anxieux, un style évitant, et ensuite ? C'est là que les choses se compliquent.

Dans ma pratique, et dans la manière dont j'ai structuré la TCCI (Thérapie de Couple Constructiviste et Intégrative), la théorie de l'attachement n'est pas un système de classement. C'est une grille de lecture qui aide à comprendre pourquoi deux personnes qui s'aiment peuvent se faire autant de mal, et pourquoi les mêmes disputes reviennent avec une régularité déconcertante.

Ce que Bowlby a vraiment posé

John Bowlby a formulé l'hypothèse centrale dans les années 1960 : l'être humain est biologiquement câblé pour chercher la proximité d'un autre significatif en situation de détresse. Ce n'est pas une faiblesse. C'est un système de survie, aussi fondamental que la faim ou la douleur. Quand ce système est activé et que la figure d'attachement ne répond pas — ou répond de manière imprévisible — l'organisme s'adapte. Il développe des stratégies pour réguler l'activation de ce besoin.

Mary Ainsworth a ensuite formalisé ces stratégies en styles observables : sécure, anxieux-ambivalent, évitant. Ces observations faites sur le nourrisson et sa mère ont une résonance directe dans la clinique du couple adulte, même si la transposition mérite d'être faite avec soin. Le couple n'est pas une relation parent-enfant, et réduire les conflits conjugaux à des "régressions d'attachement" peut être réducteur si on n'y prend garde.

Ce que Sue Johnson en a fait — et où la TCCI va plus loin

Sue Johnson, à qui je dois une reconnaissance réelle, a eu le mérite de construire une thérapie structurée à partir de cette base. La TCE (Thérapie Centrée sur les Émotions) propose de travailler l'accordage émotionnel entre partenaires, de faire émerger les émotions primaires — celles qui sont cachées sous la colère ou le retrait — et de créer des moments de vulnérabilité partagée. C'est une approche sérieuse, fondée empiriquement, que je respecte.

La TCCI intègre pleinement cette dimension. Le travail sur les émotions d'attachement — la peur d'être abandonné, la honte de ne pas être suffisant, la solitude ressentie dans la relation — est central dans ce que j'appelle le Mouvement 2 de la TCCI, celui qui vise à transformer l'expérience relationnelle. Les interventions de type accordage émotionnel, la mise en voix empathique des émotions primaires, la conjoncture empathique — tout cela s'inscrit explicitement dans l'héritage de Johnson.

Mais la TCCI ajoute quelque chose que je considère cliniquement nécessaire : une lecture de ce qui se joue au niveau de l'identité, pas seulement de l'attachement. Dans beaucoup de couples que je reçois, ce n'est pas seulement "j'ai peur de te perdre". C'est aussi "j'ai peur de me perdre moi, dans cette relation". Ces deux peurs coexistent, parfois chez le même partenaire, parfois réparties entre les deux. La TCE travaille surtout la première. La TCCI travaille les deux, et leur articulation.

Les styles d'attachement en cabinet : lecture clinique concrète

Dans la TCCI, les styles relationnels des couples ne sont pas simplement la somme des styles individuels. J'observe des configurations dyadiques — des patterns qui appartiennent au système, pas à l'un ou l'autre partenaire. La configuration la plus fréquente en cabinet est celle que j'appelle "sollicitant-évitant" : l'un demande, insiste, s'agite ; l'autre se retire, se tait, disparaît. Chacun vit l'autre comme la cause du problème. Chacun ignore qu'il est la solution à l'autre.

Ce que la théorie de l'attachement explique ici : le partenaire sollicitant intensifie ses demandes parce que le retrait de l'autre déclenche son système d'alarme d'attachement. Et le partenaire évitant se retire parce que l'intensité de la demande sature son système de régulation. Ils s'alimentent mutuellement. Gottman a documenté cette boucle sous le nom de "demand-withdraw pattern" dans ses recherches longitudinales — elle est associée à un risque élevé de rupture si elle n'est pas traitée.

Ma première tâche en Mouvement 1 de la TCCI n'est pas de changer ce pattern. C'est de le rendre visible aux deux partenaires, sans que l'un ou l'autre se sente désigné comme le problème. C'est là que le schéma OPSR prend toute sa valeur : en alternant entre le versant O.P. (comprendre ce que vit chacun intérieurement) et le versant S.R. (restituer la dynamique circulaire dans la relation), je peux progressivement faire apparaître le cycle au couple sans les piéger dans une lecture accusatoire.

Attachement et lecture clinique : ce qu'on sous-estime souvent

Un écueil que je rencontre régulièrement chez des praticiens en cours de formation : l'étiquetage. On pose un style d'attachement sur chaque partenaire au début du suivi, et on n'en bouge plus. C'est une erreur. Les styles d'attachement sont des tendances, pas des destins. Ils varient selon le contexte, selon la qualité de la relation thérapeutique, selon l'état de stress du couple à un moment donné. Un partenaire qui présente un fonctionnement très évitant dans une relation de couple peut avoir un attachement parfaitement sécure dans d'autres sphères de sa vie.

Ce que j'enseigne dans la formation TCCI à DeuxMainsEnsemble, l'école de formation à la thérapie de couple, c'est d'utiliser la théorie de l'attachement comme un langage clinique vivant — pas comme un DSM relationnel. La question n'est pas "quel est son style ?" mais "dans ce couple, à ce moment précis, qu'est-ce que ce comportement dit du besoin d'attachement sous-jacent ?"

Le rôle de la sécurité thérapeutique

La théorie de l'attachement a aussi quelque chose à dire sur la relation thérapeutique elle-même. Le cabinet de thérapie de couple est, dans un sens, une figure d'attachement temporaire pour le système. Le thérapeute incarne une présence suffisamment stable pour que le couple puisse prendre le risque de se montrer vulnérable — ce qu'ils ne peuvent plus se permettre l'un avec l'autre.

C'est une des raisons pour lesquelles la posture du thérapeute est, dans la TCCI, un outil clinique à part entière. La dimension Accueil de la posture A.R.T.I.S.T.E — ouvrir un espace où chacun peut exister sans être jugé, corrigé ou interprété — n'est pas une politesse de surface. C'est une condition neurobiologique pour que le travail d'attachement soit possible. Un couple qui se sent menacé ou jugé dans le cabinet ne fera pas le travail. Il se défendra.

Pour aller plus loin

La théorie de l'attachement reste, à mes yeux, l'un des cadres les plus féconds pour comprendre la souffrance conjugale. Mais elle ne suffit pas à elle seule à guider une intervention. Ce qu'elle offre, c'est une carte du territoire émotionnel. La TCCI propose ensuite les outils pour naviguer dans ce territoire : les quatre mouvements du parcours thérapeutique, le schéma OPSR comme structure d'intervention, et une lecture des systèmes relationnels qui dépasse la simple somme des histoires individuelles.

Si vous souhaitez approfondir la manière dont j'articule la théorie de l'attachement avec la pratique clinique concrète, vous trouverez des développements détaillés dans mon prochain livre Au cœur du couple, à paraître en septembre 2026 chez Dunod, avec une préface d'Alain Héril. La page des fondements de la TCCI vous donnera également une vue d'ensemble des concepts mobilisés en formation.


Laurent Huz — thérapeute de couple, auteur Dunod, créateur de la TCCI, directeur de DeuxMainsEnsemble.

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Laurent Huz — Therapeute de couple, auteur Dunod, directeur DeuxMainsEnsemble

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